l’aventure informatique

Logidisque a été créée par Louis-Philippe Hébert dans le but spécifique de développer, en français et au Québec, des logiciels fonctionnant sur micro-ordinateurs. C’est la première maison d’édition de logiciels originaux en français au Canada et l’une des toutes premières dans le monde entier. Ses logiciels ont, par la suite, été adaptés et distribués partout dans le monde : Angleterre, Japon, États-Unis, France, etc.

Une autre caractéristique de la maison reposait sur la recherche et le développement de ses propres produits ; elle en faisait aussi la fabrication dans ses entrepôts et la mise en marché ainsi que la distribution à travers un réseau habilement constitué au Canada comme en Europe.

La société Logidisque accordait une grande importance à la valeur culturelle de ses réalisations et à la qualité de la langue autant à l’écran que dans les manuels qui accompagnaient ses logiciels. Cette approche lui a valu de nombreux prix. Son fondateur est Louis-Philippe Hébert, un écrivain, un poète, un éditeur et un communicateur ainsi qu’un entrepreneur.

Louis-Philippe Hébert a fait appel à des collaborateurs de talent autant en informatique qu’en rédaction : André Roy, Mario Pelletier, Corinne de Vailly, Yves Leclerc, Roger Des Roches, etc. Voici, en quelques dates, son parcours et celui de la société Logidisque qui a été créée et s’est répandue à travers le monde grâce à la collaboration de plus d’une soixantaine d’employés et d’une centaine de collaborateurs externes.

1960-1967 : Lecture par Louis-Philippe Hébert de nombreux ouvrages portant sur ce qu’on appelait à l’époque la cybernétique.

1967-1968 : Demande par LPH d’être inscrit d’une manière complémentaire à des cours donnés par l’École Polytechnique et à des cours de la faculté de Lettres à l’Université de Montréal. Mémoire envisagé : Application de principes mathématiques à l’écriture et à la lecture de textes. Refus de l’Institution.

1968-1972 : Travaux littéraires confiés à des informaticiens du Centre de calcul de l’UdM. 1973-1974 : Premier contact avec des mini-ordinateurs à Information Canada. Achat d’une machine à écrire de modèle Selectric créée par IBM (boules de caractères).

1975-1976 : Premières expériences avec un ordinateur dédié : l’Atari.

1977-1978 : LPH est écrivain en résidence à l’Université d’Ottawa. Retour sur les lieux d’Information Canada. Multiples rencontres avec John Bobak, premier dépositaire et revendeur de micro-ordinateurs au Canada. Achat d’un Apple de génération II. Apprentissage de la programmation. Écriture d’un premier traitement de texte, d’un logiciel de base de données et d’un logiciel comptable. Création d’une interface entre l’ordinateur et la machine à écrire Selectric grâce à un jeu d’aimants. Le réalisateur André Breton de Télé-Québec tourne pour la télévision une émission d’une heure sur le phénomène de l’informatique bientôt à la portée de tous. Cette émission, réalisée sur la ferme avicole de Louis-Philippe Hébert à Saint-Denis-sur-Richelieu, est restée longtemps d’actualité ; elle sera diffusée et rediffusée pendant plus d’une dizaine d’années.

1979 : Voyage à Silicone Valley. Rencontre dans les bureaux de Cupertino avec Steve Wozniak (co-fondateur d’Apple) qui, devant les soucis de francisation exprimés par LPH, pose la question : « How come a smart guy like you writes in French ? » La question était posée. La réponse fut la formation d’un groupe d’intellectuels intéressés au phénomène de la micro-informatique : Jean Gobeil, Jean-Yves Lescop, Jean-Pierre Vidal et Louis-Philippe Hébert. Le premier, qui est aujourd’hui décédé, travaillait aux services d’information de Radio-Canada, le second à la Télé-Université, le troisième était professeur d’université à Chicoutimi (à l’UQAC).

1980 : Conférence par LPH au Colloque de Cerisy (lieu consacré à l’avant-garde en arts et littérature) : La mécanisation de l’écriture. Consternation et contestation. Première véritable prise de conscience de l’ampleur du phénomène chez les écrivains présents (dont Jean Ricardou ainsi que, chez les Québécois, Yolande Villemaire, Roger Des Roches, Nicole Brossard, Claude Beausoleil, André Brochu, etc.)

1981 : Participation de LPH à divers colloques portant sur la littérature et l’impact prévisible de l’informatique sur le monde de la culture et des communications. Ouverture d’un bureau à Montréal pour Logidisque enregistré. Dépôt de la marque de commerce. Parution des premiers logiciels : Caraïbes, un jeu d’aventures d’Yves Leclerc; Têtards, un jeu vidéo de Marc-Antoine Parent et de Vincent Côté; Arsène Larcin, un jeu d’aventure d’Éric Primeau. Publication du Basic français, un manuel et une interface permettant de programmer en français.

1982 : Tournée de conférences en Europe portant sur l’informatique et l’écriture : Madrid, Barcelone, Genève, Lausanne, Paris, Bordeaux, Strasbourg, Milan, Bologne, Rome. 20 conférences et rencontres en 30 jours dans 10 villes différentes et 4 pays. Incorporation de la société Logidisque inc. en décembre 1982.

1983-1984 : Embauche des premiers employés de Logidisque, dont le poète Roger Des Roches qui y restera jusqu’à 1998. De nombreux écrivains travailleront à des manuels, à des travaux de recherche ou à la conception de logiciels. Parmi eux : le poète et essayiste André Roy, le romancier Mario Pelletier, le journaliste Yves Leclerc, la romancière Corinne de Vailly, la poète Bianca Côté, etc. De multiples logiciels et jeux éducatifs ou autres paraissent chez Logidisque dont Le jeu du chômeur de Georges Huard, Mimi la fourmi d’Anne Bergeron ainsi que des logiciels de bureautique qui représentent alors la base de son marché : Le Secrétaire personnel, Magicien, Magiciel, des logiciels d’impôts, des définisseurs de clavier, etc.

1985 : Louis-Philippe Hébert est honoré de l’Ordre des francophones d’Amérique, honneur décerné alors par Gérald Godin et René Lévesque, respectivement ministre de la Culture et Premier ministre.

1985 : Retour à Barcelone pour l’inauguration d’un centre de culture informatique créé à la suite de son passage dans cette ville trois années plus tôt.

1986 : Logidisque inc. a alors à son catalogue une gamme complète de créations originales : des logiciels de bureautique, des logiciels pédagogiques, et des logiciels domestiques. Outre Le Secrétaire personnel, Le Magicien (base de données), L’Écrivain public, Magiciel (comptabilité), des logiciels pédagogiques, et des logiciels de jeu, dont une série de 4 logiciels de jeu pour l’ordinateur Vic-20, fruits d’une association avec le magazine d’humour CROC. L’aspect culturel de l’informatique est une priorité de développement.

1987 : Dirigée par Hubert Manseau, alors directeur des services informatiques de l’Université du Québec, une équipe (à laquelle participeront plusieurs programmeurs, dont Francis Malka) développera le premier logiciel de correction orthographique et grammatical en français : HUGO. Plusieurs versions se succèderont. Partenariat établi avec la société française Softissimo qui verra avec succès à la mise en marché à travers l’Europe.

1988 : Entente à Tokyo pour le développement et la distribution de logiciels fonctionnant sur une machine révolutionnaire créée par un consortium Sanyo, Toshiba, Sony, etc.

1989 : Entente avec la société Spinnaker Software de Boston pour la distribution d’un logiciel de traitement de texte visant un marché de masse : Better Working Word Processor, développé par Marc Lafontaine et Francis Malka, sous la supervision de Roger Des Roches alors directeur de l’édition chez Logidisque, à partir du traitement de texte L’Écrivain public.

1990-1994 : Plusieurs prix et honneurs sont décernés à Louis-Philippe Hébert, le fondateur de Logidisque, à la société elle-même ou à ses collaborateurs : prix de la relève en informatique (Francis Malka), prix de l’Entrepreneurship (Louis-Philippe Hébert), prix du français en informatique (Logidisque), certificats Fierté Montréal (LPH), etc. Informatisation des écoles et des bureaux. Travaux de recherche en profondeur sur le phénomène « Internet » commandés et commandités par Bell Canada qui produira par la suite un poste de communication appelé Alex (en l’honneur d’Alexander Bell) qui constituera une première réponse au Minitel (en France).

1995 : Accord avec Microsoft et contrat d’incorporation du logiciel HUGO PLUS à l’intérieur du traitement de texte Word.

1996 : Les activités de Logidisque inc. sont intégrées à celles du Groupe Transcontinental où elles rejoignent Périodica Média, puis elles seront transférées avec cette dernière au Groupe Québecor pour former un ensemble commercial avec une société appartenant déjà au groupe Québecor.

1998 : Louis-Philippe Hébert quitte le regroupement informatique ainsi constitué pour se consacrer exclusivement à l’édition de livres chez Logiques dont il restera président jusqu’en 2002.

2005 : Dissolution de la société Logidisque inc. qui aura publié et mis en marché pas moins de 300 logiciels différents sur une période de 15 ans.